A l'Otan, Rubio rassure les Européens mais confirme qu'ils devront payer plus

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a rassuré jeudi en quelques mots les pays européens de l'Otan, mais confirmé que les Etats-Unis de Donald Trump attendaient désormais qu'ils paient leur dû.

"Le président Trump a clairement indiqué qu'il soutenait l'Otan. Nous allons rester dans l'Otan", a-t-il martelé à son arrivée à Bruxelles, à l'occasion d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance, au moment où une grande partie de l'Europe s'inquiète d'un éventuel désengagement américain.

"Les Etats-Unis sont aussi actifs au sein de l'Otan qu'ils ne l'ont jamais été. Une partie de l'hystérie et de l'hyperbole que je vois dans les médias mondiaux et dans certains médias nationaux des Etats-Unis à propos de l'Otan n'est pas justifiée", a affirmé M. Rubio.

Les alliés des Etats-Unis ont été malmenés depuis le retour du milliardaire américain à la Maison Blanche le 20 janvier. Le Canada est menacé d'annexion par les Etats-Unis, tout comme le Groenland, territoire autonome du Danemark.

Et les responsables américains ne se privent pas de dénoncer entre eux, comme l'ont révélé leurs échanges sur la messagerie Signal, des Européens "profiteurs", passagers clandestins d'une Alliance à laquelle ils ne paient pas leur dû.

- "Propos durs" -

"Je sais qu'il y a eu des propos durs. Je sais que certains alliés, de ce côté-ci de l'Atlantique par exemple, s'inquiètent de l'engagement à long terme des États-Unis vis-à-vis de l'Otan", a reconnu mercredi devant la presse le patron de l'Alliance Mark Rutte, qui n'a de cesse de défendre l'unité de l'Alliance.

Les Etats-Unis ne prévoient pas de se retirer "soudainement" du continent européen, et restent totalement engagés au sein de l'Alliance atlantique, a-t-il assuré jeudi.

M. Rubio n'a d'ailleurs évoqué aucun calendrier concernant une éventuelle diminution de la présence américaine en Europe, selon des diplomates à Bruxelles.

Aux côtés de Marco Rubio, M. Rutte a également vanté les efforts européens en matière de dépenses militaires. "Si l'on considère les centaines de milliards d'euros qui ont été versés au cours des deux derniers mois, il s'agit probablement de l'augmentation la plus importante des dépenses de défense que nous ayons connue au Canada et en Europe depuis la guerre froide, depuis la chute du mur de Berlin", a-t-il assuré en présence du secrétaire d'Etat américain.

Ce dernier n'a pas commenté ce que M. Rutte a qualifié de "bonne nouvelle", mais rappelé l'exigence américaine de dépenses accrues en matière de défense.

"Nous voulons donc partir d'ici en sachant que nous sommes sur la bonne voie, une voie réaliste, pour que chacun des membres s'engage et remplisse sa promesse d'atteindre 5% des dépenses" en matière de défense par rapport à leur Produit intérieur brut (PIB), a-t-il expliqué.

Il a également souligné que cette exigence concernait les 32 pays de l'Alliance, y compris les Etats-Unis. Washington consacre actuellement quelque 3,4% de son PIB à ses dépenses militaires.

L'engagement européen est moindre à l'exception de la Pologne qui consacre 4,7% de son PIB à sa défense, et a promis jeudi d'atteindre 5% l'an prochain. Mais l'Italie ou l'Espagne sont à moins de 2%.

Mark Rutte devrait proposer un chiffre autour de 3,5%, mais aucune décision n'est attendue jeudi ou vendredi. Elle sera en revanche l'enjeu principal du sommet de La Haye en juin, en présence de Donald Trump.

Le rapprochement spectaculaire de Washington avec Moscou inquiète aussi les Européens alliés de Kiev.

"Il y a un sentiment de malaise" en Europe après ces premiers pourparlers conduits par les Etats-Unis avec la Russie et l'Ukraine, selon un diplomate.

L'Europe redoute un accord conclu dans le dos de l'Ukraine et contraire à ses intérêts en matière de sécurité, et à ceux de l'Otan elle-même.

Les ministres de l'Otan devaient avoir jeudi soir un dîner de travail avec leur collègue ukrainien Andriï Sybiga, en présence de la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas.

Peu avant cette rencontre, M. Sybiga a rappelé que son pays avait accepté "sans conditions" une proposition de cessez-le-feu en Ukraine, mais que celle-ci était "toujours sur la table" des négociations, faute d'accord de la Russie. "Il est temps d'accentuer la pression sur Moscou", a-t-il déclaré aux côtés de M. Rutte.

"Alors que l'attention des médias se porte sur les guerres commerciales dans le monde, nous ne devons pas oublier qu'une véritable guerre à grande échelle se déroule en Europe", a-t-il souligné.